Comment repérer les signes du burn-out

Aujourd’hui je vous propose d’observer avec lucidité, les cendres de ce plat brûlé, c’est à dire comment repérer les signes du burn- out.

Dans mon premier article, « La recette  d’un bon burn-out », je décris les zones de vulnérabilité physique, psychique et environnementale qui peuvent nous exposer au risque du burn-out. Je vous invitais à prendre conscience des comportements ou des croyances limitantes, qui, dans certaines conditions de vie ou d’exercice professionnel, se mobilisent et favorisent l’installation d’un burn-out.

Dans le second article «  Il était une fois …le burn-out », , je raconte les grands chapitres de son histoire. En les parcourant, nous comprenions la difficulté persistante à définir cet état, ce qui ne permet ni une reconnaissance, ni une orientation ni une prise en charge adaptée et efficiente.

Le troisième article « Le bon four pour réussir son burn-out » déchiffre la notice du fameux four dans lequel tant d’individus se sont cramés et y brûlent encore, en abordant les risques psycho-sociaux singuliers à ces professionnels.

Examinons donc ensemble les cendres du burn-out ou cette pauvre grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite !

Le burn- out ou La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite

On raconte que le phénix, oiseau légendaire de la mythologie grecque peut mourir et renaître de ses cendres. Cette légende nous enseigne ce possible nous est offert, à condition peut-être de savoir accepter la mort pour une renaissance. Métaphoriquement parlant bien sûr ! Je ne vais pas débattre de théologie ici. Mais comment, dites-vous ? Patience! Nous en parlerons dans le prochain article…

… On cherche à éclairer une bougie dans cette noirceur, pourtant le briquet est toujours caché dans nos coeurs

Quoiqu’on fasse, vivre sera toujours un risque mais dis-toi qu’à chaque lever du soleil nous sommes tous des phoenix…

Soprano ” Prélude du phoenix”- Everest ( 2017)

Alors, quand tout se consume, phoenix ou grenouille, comment repérer les signes du burn-out?

Si nous avons bien compris le message de Claude Veil, le burn-out serait le fruit d’une rencontre entre une situation professionnelle complexe, génératrice de pressions morales, physiques ou psychiques et d’un individu particulièrement vulnérable et exposé à ces multiples pressions.

Herbert Freudenberger définit le burn-out comme la « maladie du battant », les caractéristiques individuelles participant à l’émergence du phénomène. Les attentes, les projets de carrière constitueraient une charge supplémentaire sensibilisant au risque de burn-out.

Le burn-out ou La maladie du battant: Vers l’infini et l’au delà !

Dans une vision transactionelle et graduelle (dynamique)Cary Cherniss  affirme que le syndrome d’épuisement professionnel provient d’un déséquilibre entre les ressources de l’individu, qu’elles soient personnelles ou organisationnelles, et les exigences au travail.

Trois étapes sont ainsi décrites. La première, le stress perçu, provient du déséquilibre entre les exigences du travail et les ressources de l’individu. Ceci conduit à une deuxième étape, la tension (le « job-strain » des grenouilles anglo-saxonnes). Il s’agit d’une réponse émotionnelle à ce déséquilibre, réponse constituée de fatigue physique, de tension et d’anxiété. Enfin, ce sont les changements attitudinaux et comportementaux qui marquent la troisième étape. Ces modifications des attitudes et des comportements s’installent quand le professionnel ne peut plus soulager son stress en affrontant directement le problème. Pour Cary Cherniss, le burn-out est « un processus dans lequel un professionnel précédemment engagé se désengage de son travail en réponse au stress et à la tension ressentis».

La psychologue Ayala Pines dans ses travaux collaboratifs avec Christina Maslach propose une approche motivationnelle. D’après elle, le travail représente pour nombre d’individus une quête existentielle. Si cette quête échoue, le burn-out survient et il s’agirait de l’état final d’un processus graduel de désillusion après un état initial de motivation et d’implication élevées.

Elle explique ainsi que pour être « consumé », il faut d’abord avoir été enflammé. La surcharge de travail, les contraintes administratives ou humaines, n’engendrent pas un syndrome d’épuisement professionnel simplement parce qu’ils entravent l’utilisation des compétences, mais pour une raison plus profonde : l’impossibilité d’utiliser ses compétences priverait l’individu de la signification qu’il se représente de lui dans son travail. Et plus l’implication est forte au départ, plus la probabilité de développer un burn-out est élevée.

Donc, comme le résume très justement mon ami Patrick Lemoine, « Le burn-out ne concerne (ou presque) que ceux qui sont passionnés par leur travail et pour qui l’idéal professionnel est trop éloigné de la réalité professionnelle… ».

Un candidat ?

Le MBI de Christina Maslach

Les travaux de Christina Maslach permettent de recueillir un vaste registre d’émotions et d’attitudes exprimant l’usure ressentie. Elle a regroupé l’ensemble de ces expressions sur une échelle composée de quarante-sept items. Ces caractéristiques sont regroupées en 3 dimensions : l’épuisement émotionnel, psychique et physique, la dépersonnalisation, le sentiment de réduction de l’accomplissement personnel

L’épuisement émotionnel renvoie au manque d’énergie, au sentiment que les ressources émotionnelles sont épuisées. La personne est « vidée nerveusement » et a perdu tout son entrain ; elle n’est plus motivée par son travail qui devient dès lors une corvée. Elle ne réalise plus ou très difficilement et sans intérêt, les tâches qu’elle effectuait auparavant et en ressent frustrations et tensions. L’épuisement émotionnel est souvent confondu avec le stress et à la dépression. Là encore, l’interprétation de l’entourage comme de l’individu qui souffre de cet état, alterne entre auto-culpabilité et propos défensifs dans le même discours. «  Je n’y arrive plus (et non pas «  je n’y arrive pas »)…Je ne suis pas la bonne personne… c’est trop pour moi » et «  ils ne se rendent pas compte… ils n’ont rien compris… ils ne me donnent pas les moyens… ce sont des imbéciles etc… »

La dépersonnalisation représente la dimension interpersonnelle du syndrome d’épuisement professionnel. Elle renvoie au développement d’attitudes impersonnelles, détachées, négatives, cyniques, envers les personnes dont on s’occupe. L’individu ne se sent plus concerné par son travail et petit à petit va dresser une barrière qui l’isole de ses pairs (patients et collègues). La dépersonnalisation peut prendre des formes plus dures et s’exprimer à travers des attitudes et des comportements de rejet, de stigmatisation, voir de maltraitance. Il s’agit d’une stratégie mal adaptée, destinée à faire face à l’épuisement des ressources internes, en mettant à distance les bénéficiaires de l’aide, ou en rendant leurs demandes illégitimes. Cependant, ce terme ne me semble pas adapté, car il peut induire des confusions dans le lexique psychiatrique. Le terme « détachement inadapté et inhabituel » me semble plus juste pour définir cette dimension, ce comportement défensif permettant surtout de s’adapter à l’effondrement de l’énergie et de la motivation.

Le manque ou la réduction de l’accomplissement personnel, se traduit par la dévalorisation de son travail et de ses compétences, la croyance que les objectifs ne sont pas atteints et la diminution de l’estime de soi et du sentiment d’auto-efficacité. La personne ne s’attribue aucune capacité à faire avancer les choses, convaincue de son inaptitude à répondre efficacement aux attentes de son entourage et à son idéal. Ce dernier point étant une expression du burn-out mais résultant également des deux premières.

Ces 3 registres d’expressions et les différents items qui les caractérisent ont permis de repérer le burn-out à l’aide d’un outil de mesure, le « MBI » ou « Maslach Burnout Inventory’s ». Celui-ci permet d’évaluer chacun de ces facteurs séparément, même s’ils sont liés, sans score global. Je vous proposerai bientôt ce questionnaire et son analyse sur mon site.

Donc il faut bien comprendre que le burn-out peut être défini à la fois comme un état et un processus, celui qui conduit à l’état en question.

Le processus du burn-out

On pourrait résumer le processus par une évolution en 4 phases (selon la conception de Cary Cherniss) :

La Phase d’alarme

le stress persistant cause l’apparition de réactions caractéristiques indiquant la présence de stresseurs. Des tensions apparaissent,  résultant de l’écart entre les attentes, les intentions, les efforts, les idéaux de l’individu et les exigences de la réalité quotidienne.

Fatigue, tensions, déception, plaintes, effort de contrôle, anxiété par rapport aux résultats attendus, sur investissement, irritabilité, symptômes physiques neuro végétatifs.

La phase de résistance

Les stresseurs persistent malgré la disparition physique des réactions caractéristiques de la phase d’alarme, le métabolisme s’adapte à la situation et le corps devient plus résistant. 

Hyperactivité compensatrice, réduction du sommeil, réduction des temps de repos,  utilisation de stimulants, cynisme, déni, isolement social, monologue centré sur l’activité  professionnelle.

La phase de rupture

L’exposition continue aux stresseurs crée une rupture entraînant la réapparition des réactions caractéristiques de la phase d’alarme tout en les rendant irréversibles sans accompagnement approprié.

La phase d’épuisement

Les défenses psychologiques du patient sont déréglées, il se rend donc émotionnellement « invalide » et vit dans une perpétuelle angoisse. Le cercle vicieux est installé. Le risque ici est important, en particulier si la personne est privée ou a épuisé ses facteurs de soutien.

Effondrement thymique avec culpabilité douloureuse et discours victimaire, crise identitaire profonde, impossibilité de reconnaître un besoin d’aide et de soutien «  j’irai jusque au bout » …Le risque de passage à l‘acte suicidaire est important du fait de l’effondrement de l’estime de soi et des croyances profondes de la personne.

Les signes du burn-out

Les signes du burn-out vont se révéler différemment chez le même individu, selon sa phase d’évolution.

Ils vont se traduire cumulativement par cinq groupes de signes :

Les signes émotionnels

L’épuisement ressenti par l’individu, entraînant un sentiment de perte de contrôle, peut se manifester émotionnellement par des peurs ou angoisses mal définies et des tensions focalisées sur la pratique professionnelle mais pouvant s’élargir peu à peu à son environnement personnel. Il est en état d’hyper-vigilance anxieuse, hypersensible, son humeur est triste et l’entrain qui le caractérise habituellement s’émousse. Il peut être irritable. La tension qui l’habite peut le faire réagir avec impulsivité de manière inadaptée. Mais il peut également manifester un détachement émotionnel là encore tout à fait inhabituel.

Les signes physiques du burn-out

Les manifestations physiques sont les plus fréquentes et exprimés dans un discours plaintif et circonvolutoire bien souvent. On note des troubles du sommeil, des troubles digestifs, une fatigue chronique due à un sommeil qui n’est plus réparateur, des tensions musculaires avec des douleurs rachidiennes (dos, nuque), une baisse des défenses immunitaires entrainant une vulnérabilité accrue aux maladies virales ou bactériennes, des troubles cutanés. Une perte d’appétit ou au contraire une boulimie peut s’observer.  Il y a parfois une prise ou une perte soudaine de poids. Maux de tête, nausées, vertiges sont également rapportés. Une accélération du rythme cardiaque au repos et des troubles métaboliques sont également observés.

J’en peux plus … mais je dois continuer!

Les pensées inadaptées et automatiques du burn-out

Le burn-out a un retentissement sur les capacités de traitement de l’information dont dispose l’individu: diminution de la concentration, difficultés d’organisation, de planification et de synthèse, difficulté à prendre du recul, doute, hésitations, difficulté à prendre des décisions.

Le discours est circonvolutoire, marqué par une critique cynique des exigences professionnelles pesantes et une obstination à les satisfaire malgré l’épuisement et la conscience de l’inefficacité des actions entreprises. Les suggestions ou propositions de conduites alternatives sont rejetées, comme s’il n’y avait aucune solution envisageable pour résoudre les problèmes évoqués.

De plus, selon le stade de l’installation du burn-out, le déni n’est pas rare.

Les manifestations comportementales et interpersonnelles du burn-out

L’individu peut se replier sur soi, s’isoler socialement, ou avoir un comportement agressif, parfois violent, traduisant une intolérance à la frustration qu’il ressent professionnellement. L’empathie pour les difficultés d’autrui diminue. Se sentant dans une situation inextricable, il peut éprouver du ressentiment et de l’hostilité à l’égard des personnes qu’il côtoie dans son travail ou son entourage familial. Des comportements addictifs peuvent apparaître : tabac, alcool, tranquillisants, drogues. L’activité peut être frénétique, éparpillée,  sans que les actions engagées soient efficaces. Et au contraire, un ralentissement psychomoteur en lien avec la fatigue  peut s’observer.

Les comportements addictifs peuvent apparaître…

Les stratégies compensatrices du burn-out

Des stratégies compensatrices se mettent en place comme la sur responsabilisation et l’hyper contrôle.

Le manque de confiance en soi et la baisse de la concentration induisent une hypervigilance et multiplient les conduites de vérification des tâches, de manière obsessionnelle et chronophage.

Progressivement, le temps de travail va augmenter pour compenser le manque d’efficacité. La fatigue s’accentue et devient chronique. Le repos de courte durée, n’est pas contributif, parasité par une agitation compulsive centrée sur le travail.

Le discours du burn-out tourne alors en boucle, sur un registre d’injonctions paradoxales et de jugements saboteurs.

En conséquence, se sentant déprécié dans son travail, l’individu va se désengager progressivement. La motivation s’effondre avec le constat de désillusion face aux valeurs qu’il associait à son travail. Ne pouvant pas changer la situation dans laquelle il se trouve, il  a le sentiment d’être pris au piège, finit par douter de ses propres compétences et de ses capacités à sortir de la situation, vécue comme une impasse infranchissable. L’individu peut alors se remettre en cause professionnellement et penser qu’il n’est plus capable de faire son travail comme avant: il se dévalorise, et c’est l’estime de soi, l’image de soi et la confiance en soi qui s’écroulent. Il s’agit alors d’un véritable effondrement identitaire.

Bien sûr, le burn-out peut conduire à un état dépressif et/ou anxieux qui peut être conséquence et parfois terrain vulnérabilisant quand d’autres facteurs étiologiques s’additionnent.

J’aborderai dans un prochain article comment repérer les signes spécifiques du burn-out et ceux des tableaux anxieux et/ou dépressifs qui permettent d’en faire un diagnostic différentiel ou associé. C ‘est un point important qui mérite d’être éclairci pour permettre de choisir la stratégie d’accompagnement la plus pertinente.

Reconnaître avec justesse le burn-out est déjà un premier pas vers son acceptation. Cette étape essentielle permettra de mobiliser les solutions et le juste accompagnement pour sortir de ce bouillon infernal .

Il est essentiel de ne pas perdre de vue ses multiples aspects pour éviter les erreurs de diagnostic trop fréquents, les stigmatisations et les solutions socio professionnelles ou thérapeutiques inadaptées.

Je suis certaine que vous sentez la fumée encore chaude au dessus des cendres de ce plat à la base savoureux, oublié dans un four trop chaud.

Si vos yeux piquent et pleurent un peu, c’est tout à fait normal.

Il est possible d’apprendre à sortir du four avant de brûler vos ressources.

Apprendre à sortir du four avant de brûler ses ressources

Et comme le disait ma grand-mère, quand on se plante, on pousse !

Dans le monde il n’y a pas d’un côté le bien et le mal, il y a une part de lumière et d’ombre en chacun de nous. Ce qui compte c’est celle que l’on choisit de montrer dans nos actes, ça c’est ce que l’on est vraiment.!-



Harry potter et l’ordre du phoenix, sirius Black

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